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January 10, 2014

Le jour d’après

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amo@emakina.fr

Si je retiens quelque chose de la fin d’année 2013, c’est une certaine impatience à basculer dans autre chose. Le Web s’est préoccupé des dix ans qui viennent, mais d’objets connectés en mobile, social et autres choses, il s’agissait de sujets très matures. Avec l’impression 3D on complète aisément une séquence ouverte il y a environ 5 ans et j’exhume ici un billet de début 2010 dont la lecture sera éloquente. L’essentiel est ailleurs. On n’a jamais autant parlé d’innovation sans le faire vraiment, et cherché les secteurs d’avenir, prospectivé à 10 ans et plus. Je trouve cela plaisant mais hors des clous. Comme d’habitude on regarde les outils, les détails, alors que l’éléphant est dans la salle.

L’éléphant, ce sont les gens. Comme j’aime à le répéter à l’envie : internet a disparu, les gens s’en servent. Et quand j’observe la Share Economy, ne s’agit-il pas d’un simple opportunisme économique, d’abord basé sur une lecture pertinente d’usages de terrain ? Les couchsurfers sont antérieurs à Airbnb et le crowdfunding est plus vieux que MyMajorCompany et Grégoire. Comme les blogs furent « inventés » avant TypePad. Le problème, c’est quand de bonnes observations échappent à leur contexte et son généralisées à tout bout de champ. A vouloir décliner à tout et n’importe quoi, ou à penser que « tout le monde le fera », on s’égare. Quand 93% des clients de Airbnb disent qu’ils veulent « vivre comme l’habitant », ce n’est pas mainstream. C’est une grosse niche, mais une niche quand même. C’est une expérience, pas un produit ni même un service.

La même erreur a été commise avec le Drive. C’était une bonne idée, répondant à l’expression de quelques clients pionniers. Mais ce fut un tort de penser que beaucoup sinon tous les consommateurs voudraient utiliser ce qui n’est qu’une modalité. In fine, parce-que le jeu est terminé aujourd’hui, il pèse une dizaine de pour-cents. Cela suffit à en faire une belle tranche de business, mais pas TOUT le business. Ce que l’internet a changé, c’est la pluralité des modalités et des moyens. Il ne s’agit pas de simplifier, il s’agit de complexifier pour répondre à la diversité des choix. Notre choix pour faire s’est démultiplié et nous nous sommes nous-même diversifiés jusqu’à l’individualisation. Nous sommes devenu une société d’individus connectés. C’est une mauvaise idée de nous enfermer dans des cases. Il faut nous prendre comme nous sommes et délivrer un service de masse mais à la personne. C’est en tous les cas ce qu’elle doit ressentir si l’on veut qu’elle y trouve de la valeur.

Cela fait longtemps que je délivre un message très éloigné des outils et qui adresse le « mindset ». Car je pense très fort que c’est un problème de culture et d’attitude. Le reste en découle. Et je suis parfois assez effrayé de voir à quel point c’est vrai. Relisez l’histoire que je raconte sur l’opendata. Celle où j’explique quatre années à animer ou intervenir chaque année sur le même set. Quatre années entre un sujet émergent et sa banalité. Quatre années où les convaincus du début sont restés la même minorité. L’autre partie revient pourtant, sent que ça va lui tomber dessus, mais s’y refuse. Celle-là ne veux voir que de la technique et des outils. ils ne comprennent pas le changement de modèle sous-jacent. Leurs voisins convaincus sont devenus autre chose entretemps. Ils ne les reconnaissent plus. Mais ce ne sont pas pour autant des exemples. Muter fait peur.

En 2013, j’ai effectué une quinzaine d’interventions, conférences et autres TED-likes, toujours sur le thème du « mindset » et de la prise de conscience que nous imposent les choses. J’ai joué à fond cette conviction que le changement a DÉJÀ eu lieu et que nous ne révélons que des conséquences. J’ai choisi un angle plutôt vif, m’appuyant notamment sur la prédiction des grands instituts d’une fin de séquence de la « révolution numérique » en 2015, 20 ans après les débuts de la séquence, en 1995 selon le consensus. L’effet de la jauge de chargement à 90% du terme, ajouté à un J-x approprié produisait un léger coup de frais très efficace. A la fin, tous applaudissaient, mais je savais bien qu’une majorité d’entre eux n’en ferait rien. Se faire peur est une distraction plaisante. Et même si les exemples surgissent pour démontrer la mortalité supérieure de la posture de l’inaction, la fraction qui a choisit de changer reste minoritaire. Dramatiquement. Mais cela n’a rien de particulier.
Dans tout cela, il est une constante largement partagée entre conférenciers. Nous voyons finalement assez peu de décideurs réels. Nous voyons fort peu l’élite. Et ceux d’entre eux que nous voyons sont les convaincus, pas les autres. La lecture du papier du Monde sur les élites et le web a fait résonner du vécu en moi. Il y a longtemps déjà, à l’époque de combats nommés DADVSI puis Hadopi, j’avais pesté contre le fait que nous vivions en vase clôt. Le net se parlait à lui-même et nous étions dramatiquement absents des lieux de la décision, faible sur le lobying, instrumentalisables à souhait.

Nous en sommes encore là. Après les pigeons et tous ces exemples d’aptitude à la mobilisation qui valident Tribes de Seth Godin où mes propres écrits sur les foules intelligentes  Nous restons incompris car, en face, on perçoit de l’incompréhension, feinte ou réelle. Nous pouvons aussi être de mauvais pédagogues, mais nous sommes alors vraiment très nombreux dans ce cas.

Ce n’est pas faux de penser que 20 ans après les débuts de l’Internet grand public, les cartes auront été réellement rebattus et que nous vivons « la fin du commencement », comme je l’ai mis en introduction de mes derniers speechs.
D’ailleurs, l’après a un nom : la digital industrial economy. Et ce nom explique qu’il n’y a plus du on et du off, du digital et du non-digital, il n’y a que des choses connectées. Les gens s’en servent, c’est sur LEUR frontière, celle des usages de notre société d’individus connectés entre eux que se situent dorénavant les marchés, la créativité et tout ce qui fait avancer le monde.

Certains l’ont compris, d’autres pas. Guillaume Pépy est semble-t’il parmi les premiers quand il indique  ue le concurrent principal de la SNCF n’est pas un opérateur de chemin de fer, mais Google. Le marché n’est pas de faire circuler des trains, mais de permettre aux gens d’aller d’un endroit à un autre. Celui qui connectera les modes de transports pertinents en un seul billet gagnera. Le marché, c’est celui des vrais besoins des gens. C’est la même chose quant je disais récemment au monde du Tourisme qu’un de ses principaux concurrents sont les jeux vidéos, tout comme le bricolage ou une soirée entre amis. Son marché est celui de ce que l’on fait de notre temps libre.

La fin du commencement c’est déjà presque du passé. En ce début d’année, je vous dis que nous sommes le jour d’après. Celui de ceux qui ont compris qu’il faut penser autrement, revoir totalement les contours des marchés, la définition même de la société et des choses. Il faut admettre que le changement a déjà eu lieu et considérer ce qu’il y avait avant dans un sens historique. Il faut regarder devant et cesser de chercher les innovations de dans dix ans. Nous n’en avons AUCUNE IDÉE et c’est tant mieux. Cela nous obligera à savoir s’adapter, à être prêt à le faire quand la réalité l’impose. Cela nous obligera à adopter le mindset et les organisations et moyens pour être capable de saisir les opportunités. Cela nous obligera à ne pas enfermer internet et la modernité dans une boîte, mais à être moderne et connectés par nature. Fin de 20 années d’initialisation, les cartes ont été redistribuées, il est temps de jouer !
Alexis Mons
future-3
Illustrations CC FlickR par Laughing Squidanitakhartmischiru

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