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November 5, 2005

De la fracture numérique

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amo@emakina.fr

Il semble que le renouvellement de plus en plus rapide des produits et des technologies commence à trouver une limite, ou plutôt des paliers de rupture et cela suscite des publications variées. Hubert Guillaud consacre ainsi un intéressant billet sur le sujet. Je vous livre ici quelques réflexions encore instables, d’où l’intérêt de les partager…


Personne ne mettra en doute que le renouvellement des produits s’effectue à une vitesse de plus en plus grande, que l’innovation et plus largement la créativité se place de plus en plus au centre des modèles économiques. Je suis d’ailleurs assez tenté de parler de mutation plus que de renouvellement, de raisonner en terme continu, plus qu’en terme fractionné. Nous vivons de moins en moins dans des cycles et de plus en plus dans des flux. De mon point de vue la consommation n’échappe pas au phénomène.
Mais il y a évidemment des limites à cette frénésie, arrêtons-nous sur les trois les plus évidentes. D’abord la taille du portefeuille du consommateurs, ensuite le facteur temps, lié au renouvellement de la capacité d’achat du consommateur ou plus simplement le temps nécessaire à acquérir de la maîtrise et à trouver un sens fiable à l’objet, enfin la fiabilité et la réelle valeur ajoutée de ce qu’on nous propose par rapport à ce qui précède. Après la lecture de cette pertinente chronique d’Anicet Mbida, on peut se dire que ce taquet est en atteint ou pas loin de l’être.
Ce qui m’intéresse tout particulièrement, c’est le facteur temps.
Il est évident que celui-ci requiert dorénavant pour tout produit une très grande faculté à être approprié vite et bien. Un bon produit doit instinctivement donner une satisfaction d’usage rapide et mieux encore nouvelle. On touche notamment ici un des facteur clé de la réussite de l’iPod, on pense aussi à la tendance des produits sans notices. Le consommateur n’a plus le temps ni l’envie d’éplucher une documentation. Il achète certainement une promesse d’usages avancée qui relève plus de la velléité, mais il doit surtout avoir la conviction qu’il vivra une prise en main simple, ludique, bénéfique.
Du coup, les produits se ressemblent et s’appuient sur des standards et autres codes ergonomiques universels. On connaît ça avec la position des fonctions on/off et rembobinage des aspirateurs, c’est la même chose avec l’organisation des menus de n’importe quel logiciel sérieux, le copier-coller ou le glisser-déposer, un processus de passage de commande sur un site e-commerce ou le fait qu’un blog ressemble à un blog. Ce qu’on utilise doit respecter cela pour satisfaire à une prise en main évidente.
En tout domaine il y a des standards en adéquation avec une sorte de bagage universel formé de toutes ces évidences pratiques et fonctionnelles qui sont à la base de la maîtrise d’un environnement technologique. Aller à l’encontre de cela est un exercice de haute-volée qui nécessite d’être bien conscient de se situer dans l’innovation et le registre de la rupture. Je ne suis pas en train de dire qu’il n’y a pas de marges de manoeuvres, mais qu’il faut être bien conscient que plus le public sera non-spécialiste, plus le non-respect du bagage créera de l’exclusion. Mieux, ma conviction est que de ne pas respecter les codes nuit à la capacité de ceux qui maîtrisent à jouer leur rôle médiateur auprès des béotiens et à retirer l’aura sociale qui est une base de leur satisfaction.
D’où l’importance prise par les Geeks car s’il est un public disponible pour recevoir de la nouveauté, cette population est toute désignée. Ils forment maintenant comme une sorte de zone de maturation de laquelle sortent des produits survivants.
Dans un monde où l’innovation est le moteur du développement, où ce qui est recherché, c’est d’être à l’initiateur d’un changement ou d’une nouveauté dans le bagage. Il ne faut pas se tromper de cible. Pour toucher le large public, il faut convaincre une communauté experte et l’entretenir c’est mieux. Il n’est donc pas étonnant que des Google ou Apple (par exemple) réussissent parce qu’elles savent alimenter et fidéliser de larges communautés expertes par un flux régulier d’innovation. Le top, c’est quand arrive à se constituer un écosystème économique autour du produit. La dynamique des accessoires autour de l’iPod en est un exemple, le contre exemple étant sans doute dans l’écosystème possible autour du DRM…
En synthèse. L’évolution des choses est donc maintenant très rapide. Soit les standards sont respectés et le grand public peut être adressé, soit la posture est du registre de l’innovation et la réussite dépend de la constitution et de l’animation d’une communauté support. C’est encore mieux quand celle-ci contribue à la viabilité du produit. Son rôle, c’est de médiatiser le produit au reste du monde. J’en reviens alors à de précédentes réflexions. On distinguera donc ce qui relève des modèles de niche, nécessairement centrés sur l’innovation, des modèles industriels aux approches de masse avec des rythmes plus lents (Microsoft, sans doute).
Du coup, j’ai bien envie de relativiser la notion de fracture. Elle existe, mais sur la base de ce qui précède, est-ce bien un problème ?
Comme je l’ai dis, les nouveaux modèles développent des offres qui ciblent d’abord des communautés expertes et qui n’ont pas vocation à se vouloir universelles d’emblée. En outre, le XXe siècle a sanctionné le fait que plus personne ne peut tout connaître. Il faut admettre être ignorant de certains sujets, d’avoir un niveau élémentaire pour d’autres et d’être expert pour certains, de s’appuyer sur des gens qui savent dans les deux premiers cas et c’est bien là le sel et le sens des communautés virtuelles.
Evidemment, tout cela suppose que tout le monde maîtrise un bagage culturel formé de toutes ces évidences pratiques et fonctionnelles élémentaires à l’utilisation des TIC. Elles sont tellement évidentes pour nous que nous oublions que ce n’est absolument pas le cas avec les novices. La société de l’information est un mouvement d’innovation global et l’acquisition de ces fondamentaux avance avec son rythme, même si celui-ci s’accélère avec des effets de génération.
S’il y a fracture, c’est sans doute dans le regret que le rythme n’est peut-être pas assez rapide et il faut bien reconnaître qu’il y a là matière à agir. Quand on sait qu’il faut deux années pour développer un usage confiant et banalisé des usages de base de l’internet et quand on pense à ce qui change en deux années, la posture traditionnelle qui veut voir enchaîner une phase d’apprentissage plus d’application ne tient plus. Nous sommes constamment en apprentissage et la fracture est donc une réalité évolutive et durable. Là aussi on est entré en flux et s’il y a un manque, je pense qu’il se situe au niveau des instruments ou des lieux de passage. Dans l’éducation, la logique des ENT est un peu nivelante et je ne suis pas certain que B2I et C2I soient de véritables instruments d’acquisition du bagage. Je ne nie pas leur intérêt, mais leur aspect très individuel est un peu antinomique à la dimension collective, coopérative et d’échange. C’est sans doute un nouvel exemple de non prise en compte de l’interactivité et de la notion de réseau. À ce titre, mais aussi plus largement, il n’est ainsi à mon avis pas innocent de réentendre parler des Espaces Publics Numériques.
Pour finir, quelques mots sur le changement sur les modèles économiques, en écho à la question des limites du portefeuille.
Là aussi, on a changé d’époque. Cela fait maintenant un moment que le problème n’est plus en terme de pouvoir d’achat mais en terme de choix d’achat. L’enjeu se place maintenant dans la compétition entre différentes propositions de biens et services, au-delà des biens élémentaires nécessaires à la vie. Ainsi les analyses qui montraient que la baisse des ventes de CD de musique n’était sans doute pas étrangère avec la hausse des vente de DVD, donc à un report de consommation.
La musique est en effet un domaine ou la mutation est palpable. Il s’y trouve actuellement toute sorte de modèles de consommation en compétition les uns avec les autres et qui évoluent à très grande vitesse. Dans l’interview qu’il donne à Télérama, Pascal Nègre en arrive à une sorte de fatalisme, il semble dire que les choses mutent tellement vite que s’adapter n’est plus le terme approprié.
Je ne le lui fait pas dire, notamment si l’on considère le cas d’Artic Monkeys. Né il y a à peine deux ans, cet obscur groupe anglais avait fait le pari d’auto-diffuser des productions sur son web et de jouer à fonds la scène et la dimension communautaire (voir la fréquentation de leur forum). Etape suivante : sortie du premier single, entrée directement n°1 des charts anglais ! Du coup, les downloads ont disparu du site. Ça sent le changement de modèle. Il y en a qui comprennent vite à quoi sert le web 🙂
Le problème de Pascal Nègre est sans doute une révision radicale de son métier et de son modèle, ce qu’il évoque d’ailleurs. La vraie question est quand et comment procéder, étant entendu que tout est lié à une bonne perception du changement des comportements de masse. J’évoquais récemment la faillite annoncée de BlockBuster, la chaîne de location de DVD US, qui n’a pas réagit assez vite au brutal basculement de sa cible principale, les ados, vers les loueurs en ligne. On en est là. La montée en charge de la société de l’information est maintenant suffisamment avancée pour bousculer l’économie normale et la remettre en cause. Cela ne fait que commencer. Il faut faire preuve d’humilité et comme le dit Jeff Jarvis pour le journalisme, sortir des postulats d’omniscientes, car le réseau et la massification des usages qui s’y passent font que les clients/utilisateurs, par leur mouvements de foules intelligentes, peuvent remettre en cause qui que ce soit et très rapidement.

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